Il y a erreur et erreur

Bandeau Syl

Le pilote tente une manœuvre impossible et connue de tous pour être dangereuse ; des passagers sont à bord. Après une sortie de piste qui se termine dans un fossé l’enquête révèle que le pilote était sous l’emprise de l’alcool. Sujet au rhume des foins le pilote prend un médicament qui entraine des troubles de la vigilance ; il entre en collision avec un autre avion lors de son arrivée au parking. Bien que la zone soit active et donc interdite de pénétration, entre l’évitement d’un nuage et leur connaissance du trafic à l’intérieur de cette zone, l’équipage décide de l’écorner. Le contrôleur de la circulation aérienne donne un cap à l’équipage qui les entraine directement dans une zone interdite. Le pilote s’égare et finit son vol dans un champ alors que les conditions météo étaient bonnes. Deux commandes identiques mais de couleurs différentes ont été inversé pendant une visite en mécanique ; le pilote qui repère la commande grâce à sa couleur et non sa position sur le tableau de bord, utilise l’étouffoir du moteur à la place du réchauffage du carburateur et finit dans un champ. Vous venez de lire une série d’événements hiérarchisés en fonction du degré de « culpabilité » du pilote dans leurs survenues.

L’autre modèle de REASON

Vous connaissez sans doute déjà le modèle relatif aux accidents appelé « modèle de Reason » ou « Swiss cheese model ».

Dans ce modèle des plaques de protection assurent la sécurité d’un système. Mais il existe des failles dans toutes les protections qui sont représentées ici par des trous dans les plaques. L’accident se produit quand une combinaison d’événements va aligner fortuitement les trous pour passer au travers de toutes les plaques ; toutes les défenses tombent.

Si ce n’est pas l’unique modèle pour expliquer les accidents, il reste très important pour faire comprendre le rôle des organisations dans les accidents et l’implication de tous les acteurs nécessaire à la sécurité. Son auteur, James Reason, a aussi beaucoup écrit sur l’erreur ainsi que sur la façon dont les organisations doivent travailler pour améliorer la sécurité des activités à risques. Il est à l’origine du concept de la « Culture Juste » dont le but est aussi d’améliorer la sécurité. Ce concept de culture juste a pour but de permettre que les évènements de sécurité soient rapportés par les acteurs responsables au lieu d’être caché. En effet il n’y a pas de progrès possible en matière de sécurité si les évènements s’y rapportant ne sont pas connus, si les mauvaises pratiques ne sont pas découvertes, bref si les acteurs ne font pas de rapports sur la sécurité. Pour cela il faut que ceux-ci soient certains qu’une simple erreur ne sera pas punie et que leur bonne foi ne sera pas mise en cause.

Il ne faut pas oublier que la complexité de l’activité entraine de nombreuses erreurs, en moyenne trois par vol dans le transport public, et que l’erreur est considérée comme une contrepartie incontournable de l’activité. Interdisez de vol un pilote qui commet une erreur, il n’y aura plus un seul avion en vol !

De leur côté les organisations doivent se protéger des comportements qui diminuent la sécurité. Il faut donc trouver un compromis qui profite à la sécurité en garantissant l’impunité quand cela est justifié mais aussi en sanctionnant éventuellement les comportements inacceptables : c’est la culture juste. La définition exacte de la culture juste est : « Une atmosphère de confiance dans laquelle les gens sont encouragés (voire récompensés) à transmettre les informations utiles à la sécurité, mais dans laquelle ils savent clairement où se trouve tracée la ligne qui sépare les comportements qui sont acceptables de ceux qui sont inacceptables ». James Reason nous propose pour cela un arbre de la culpabilité, véritable deuxième modèle de Reason, qui doit permettre de déterminer quand des sanctions doivent être prises mais aussi quelles mesures correctrices appliquer  dans les cas intermédiaires qui se trouvent quelque part entre la culpabilité certaine et l’erreur innocente. Cet arbre de la culpabilité constitue la base sur laquelle se fonde tout le concept de la culture juste, qui est elle-même une part importante de ce que devrait  être la culture de la sécurité dans une organisation. Voici ce modèle :

Rappelons-nous pour finir qu’il est aussi très important de savoir qui doit décider des sanctions quand elles sont nécessaires. La personnalité et la place hiérarchique de celui qui a à décider ont une grande importance pour faire accepter la Culture Juste.

Bons vols

Les photos sont de  Daniel.